Dans cette période bien particulière, on nous abreuve de messages sur un seul et même sujet, il devient difficile de démêler le vrai du faux, nos opinions et nos certitudes sont balayées. Pourtant nous avons une propension naturelle de nous forger très rapidement des avis tranchés ou de prendre des décisions avec une seule et mince partie des informations qui nous entourent.

Comment ses opinions se créent elles et comment peut-on plus judicieusement être sûr que nous ne nous sommes pas fait abuser? C’est tout l’objet de ce qu’on appelle les biais cognitifs, c’est à dire les distorsions de notre pensée rationnelle.

 

Rassurez-vous, nous sommes tous l’objet, la victime et le bourreau de nos distorsions, puisque ces phénomènes sont inconscients (la plupart du temps).

Au travers d’exemples récents, vous allez découvrir les différents biais, notre réceptivité pour chacun d’entre eux. Grâce à cette connaissance, vous serez plus à même de les décrypter, de comprendre les enjeux cachés, de vous faire vos propres opinions sans être influencés par les publicitaires, les discours politiques, religieux, les médias… et même de vous en servir dans votre vie quotidienne.

 

Avant de découvrir les différents biais, gardez à l’esprit que les biais entrent en action chez chacun de nous à tout moment, en fonction de notre éducation, de notre système de croyance, de notre programmation fonctionnelle.

 

Ce sont les vecteurs de nos prises de décision rapide. Si nous devions analyser chaque situation dans tous ses détails, nous serions alors incapables de choisir ne serait-ce qu’une baguette dans une boulangerie. Devons-nous vraiment étudier tous les paramètres logiques de ce genre de décisions: avec quoi vous allez la manger, son prix, son gout (ce qui impliquerait de comparer toutes les baguettes présentes), sa conservation … ce serait tout simplement invivable au quotidien tant nous prenons à chaque instant des décisions quasi automatiques.

Ces jugements rapides sont donc à la base de nos interprétations de la réalité.

biais cognitifs

(planche dessinée par Stéphanie Necca – coach professionnel. Un bel exemple de facilitation graphique au service de la compréhension des textes).

 

Alors quels sont nos biais principaux et comment sommes-nous influencés? Je vous dresse une liste non exhaustive (il en existe plus de 100) choisis forcément selon l’influence de mes propres biais.

 

 

Le plus courant : le biais de confirmation

Nous avons tendance à prêter attention préférentiellement aux informations qui confirment nos croyances et notre avis. Quels médias suivez-vous ? Quelles émissions regardez-vous ? Quelles infos partagez-vous sur vos réseaux sociaux ? Pensez-vous le temps d’analyser les données contradictoires ?

A titre d’exemple, en ce moment le débat sur la choloroquine a largement divisé les opinions même celles des experts médicaux : faut-il la prescrire ou faut-il faire des études plus poussées. Que vous soyez dans un camp ou dans l’autre, votre choix vous appartient. Cherchez vous véritablement à mettre en péril votre opinion ? Avez-vous pris le temps de vous demander à quelles médias vous prêtiez une oreille attentive ? A celles qui confirment votre opinion ou à celles qui la contredisent ? Les sources qui confirment votre opinion sont-elles toutes fiables ?

 

Ce biais de confirmation est par ailleurs directement lié avec :

Le principe d’engagement et de cohérence

Une fois que nous nous sommes engagés publiquement à quelque chose ou envers quelqu’un, nous avons tendance à nous y tenir pour être perçu comme cohérent.

Si on garde cet exemple avec la chloroquine, une fois que vous êtes engagé dans un camp, impossible ou presque d’en sortir, quitte à justifier vos choix par des arguments peu convaincants.

Quelqu’un aurait-il déclaré que les masques ne servaient à rien ?? ou qu’il serait absurde de fermer les écoles ?  oups

 

 

Le plus flagrant : le biais de cadrage 

Il induit une importance accrue à la 1° information donnée. Si je vous communique que le COVID engendre un taux de mortalité de 2%, l’info est perçue comme très anxiogène même si je communique ensuite que 98% des gens vont guérir du COVID.

Quelle différence de comportement cela engendre t’il chez nous ? Nous allons être bien plus disposés à nous protéger pour éviter de mourir plutôt que de considérer l’immense probabilité de rester en vie. De plus les chiffres indiqués ne tiennent absolument pas compte de notre situation particulière, si vous êtes fragile, en mauvaise santé, âgé, en surpoids…

Un autre exemple qui influence directement nos réponses. Si je vous laisse le choix entre 2 options qui vont permettre soit de :

  • A : sauver 200 personnes sur 600
  • B : tuer 300 personnes sur 600

Laquelle allez-vous choisir ? En général on ne veut tuer personne et la réponse instinctive serait la A. Cependant la réponse A équivaut à tuer 400 personnes.

 

 

 

Le biais d’ancrage :

Ce biais oriente nos sources d’informations privilégiées autour de nos proches ou des personnalités dont on se sent proche. Si votre conjoint vous rapporte un fait, vous aurez tendance à le croire sur parole.

Il en est de même pour les inconditionnels de tel représentant politique ou de mouvement religieux fanatique. Peu importe le discours prononcé, la foi totale en l’institution ou la personne sera plus forte que toute autre considération.

Vous avez sans doute vu cette vidéo montrant un homme, faisant office de prêtre, qui pose un linge sur le visage de femmes pour soi-disant les immuniser contre le Covid-19. L’homme bénit à la chaîne les participantes en réutilisant le même mouchoir. Un geste qui va totalement à l’encontre des consignes élémentaires de protection, alors que le virus se transmet principalement par les muqueuses.

Ne vous moquez pas, combien d’entre nous ont cru en janvier que le COVID ne serait qu’une banale gripette ? D’où venait ce discours ? De nos élus, de médecins, de virologues, de ministres… comment mettre en doute leurs paroles ??? On observait passivement les morts s’accumuler en Chine, avec le recul nous avions été bien crédules ou juste enfermés par le biais d’ancrage.

 

 

 

Le biais d’omission

Il consiste à considérer que causer éventuellement un tort par une action est pire que causer un tort par l’inaction.Ainsi, le biais d’omission pourrait contribuer à expliquer que, dans l’incertitude, il est préférable de ne rien faire plutôt que de faire quelque chose dont on ne connait pas toutes les connaissances.

Encore une fois c’est sans doute un biais actif chez les personnes préférant attendre un traitement sur (vaccin) plutôt que prendre un remède controversé.

 

 

 

L’effet de métaphore

Nous avons tendance à comprendre plus facilement et à nous souvenir davantage du langage métaphorique. Ce dernier fait en effet appel à notre imagerie mentale. On associe parfaitement les métaphores avec des expériences ou des émotions personnelles.

Quand on compare par exemple la situation avec la guerre, on fait justement appel pleinement à notre vécu de notre représentation personnelle et donc des conséquences qui en découlent. Nous sommes alors pleinement plongés dans la gravité de l’instant présent, attentifs et plus disposés à accepter la suite des informations.

 

Si Mr Macron avait directement indiqué les mesures de confinement que pour éradiquer efficacement le virus sans faire appel à cette imagerie, beaucoup d’entre nous auraient remis en cause les biens fondés de telles mesures et ne l’auraient pas accepté. Or nous sommes en guerre, donc unis dans le même camp, avec un ennemi commun, il faut suivre les consignes du général pour le bien de la nation (bien plus importante que le sort individuel de chacun).

 

Le biais du choix clôturé

Pour les individus qui viennent de faire un choix  difficile, fermer quelque chose (virtuellement ou gestuellement) les aide à être davantage satisfaits de leur choix par la suite. Voter un texte après un débat a permis à Edouard Philippe de clôturer son annonce. Regardez les fins de discours politiques, souvent les mains se referment les unes sur les autres pour indiquer que les décisions sont prises. Si la parole invite à un dialogue, observez si les gestes trahissent le contraire. Vous voulez faire passer une décision en souplesse, proposez une idée, faites le tour de chacun et concluez en refermant les mains.

 

 

L’effet pom-pom girl

Nous trouvons les choses plus attractives quand elles sont présentées au sein d’un groupe. L’être humain est profondément social et l’un des aspects est justement la cohérence sociale, se conformer aux règles du groupe pour y appartenir est primordial. Si vous voulez faire passer une idée, vous avez davantage de chances si vous l’exposez à un groupe plutôt qu’individuellement surtout si vous avez des personnes acquises à votre cause (vos pom pom girls).

Si dans une réunion ou dans des discussions sur les réseaux sociaux, vous captez des messages bien trop flatteurs envers quelqu’un, dites-vous que vous avez identifié la pom pom girl.

« Waouh C’est trop génial tout ce que tu dis »

 

L’influence sociale ou « social proof » ou effet mouton

Un des autres aspects de ma sociabilité humaine détermine que lorsqu’une personne n’est pas certaine de la façon dont elle doit agir, elle va se fier aux autres pour déterminer le bon comportement à adopter. Je l’appelle l’effet mouton. Si autour de vous les règles de confinement sont bien suivies, vous aurez tendance à les suivre également, dans le cas contraire, vous serez plus facilement enclin à bafouer vous aussi les règles puisque « les autres aussi le font ».

Regardez cette vidéo d’une femme qui en seulement quelques minutes adopte des codes qu’elle ne comprend même pas juste pour se conformer au groupe.

 

Vous avez remarqué que la foule attire la foule ? Comment se fait-il que les gens s’attroupent en masse par exemple devant un étal de marché alors que le stand d’à côté est vide ? Les produits doivent être meilleurs ou moins chers, bref le groupe a forcément une bonne raison de s’agglutiner en masse, nous serions bêtes de ne pas faire la queue nous aussi.

A mon avis c’est à cause de ce genre d’influence sociale que la tektonic a réussi à percer quelques mois. Alors est ce qu’on assume encore ce look ?

 

 

L’effet de simple exposition

  Il s’agit d’une augmentation de la probabilité d’un sentiment positif envers quelqu’un ou quelque chose par la simple exposition répétée à cette personne ou cet objet. Dans un rayon de supermarché, c’est typiquement ce qui nous fait choisir tel produit plutôt qu’un autre simplement parce que la publicité aura marqué votre cerveau. Il en est de même avec les artistes, les politiques, peu importe leur discours, leur stratégie est basée sur le fait d’apparaitre dans les médias comme un produit de consommation courante.

 

 

 

L’aversion / La sensibilité à la perte

Le principe d’aversion à la perte démontre que les individus sont plus sensibles aux perspectives de pertes qu’à celles associées aux gains. Ainsi, les publicitaires vont davantage accentuer sur les risques que sur les bénéfices. Si vous n’achetez pas tel produit, vous risquez de …( passer à côté d’une affaire formidable, perdre de l’argent, mourir …)

 

 

 

 

L’effet de position en série

L’effet de position en série décrit la prédisposition des individus à se souvenir davantage du premier et dernier élément d’une liste, comparé aux autres éléments de la liste.

Si vous faites une liste de course, mettez en haut les éléments indispensables et en bas les éléments inhabituels, vous serez sur de vous en souvenir, même si vous perdez votre liste.

 

 

 

 

Effet Dunning-Kruger

Les moins compétents dans un domaine surestiment leur compétence, alors que les plus compétents ont tendance à sous-estimer leur compétence. Il est en lien avec le biais suivant :

 

 

 

 

 

 

 

L’excès de confiance

C’est la tendance à surestimer ses capacités. Dans divers domaines, beaucoup plus que la moitié des participants estiment avoir de meilleures capacités que la moyenne. Ainsi, plus que la moitié des gens estiment avoir une intelligence supérieure à la moyenne. A moins d’être entouré d’un groupe de prix Nobel, on a tendance à penser que notre cerveau, donc notre capacité de raisonnement est infaillible, donc que nous sommes meilleurs que les autres.

Un exemple? voici un tweet de Trump illustrant parfaitement ce biais

 

 

 

Effet de halo

 Une caractéristique jugée positive à propos d’une personne ou d’une collectivité a tendance à rendre plus positives les autres caractéristiques de cette personne, même sans les connaître. Ainsi lorsque vous trouvez qu’une personne est attirante ou intelligente, vous allez immédiatement lui associer d’autres qualités sans même la connaitre.

Vous avez fait la connaissance d’une personne récemment et waouh, qu’est ce qu’elle est intelligente, futée, dynamique et tout. Ah bon, qu’est-ce qui vous fait dire ça ? Dans quelle situation a t’elle mis toutes ses qualités en évidence ??  heu… Non mais halo quoi !

 

 

 

 

Effet Ikéa

C’est la tendance à accorder une valeur supérieure aux produits qu’ils ont partiellement créés. C’est une évidence et pourtant le dernier plat que vous aurez cuisiné vous paraitra toujours meilleur que le plat industriel et parfois même que le plat concocté par un cuisinier émérite. Après tout, c’est vous qui l’avez fait, savourez votre création ! Et oui cela vient de la fameuse marque suédoise, après tout c’est vous qui l’avez montée cette armoire, tout seul en plus. Et le manuel disait 45 minutes et vous en avez mis 42. Bon il reste toujours 2 vis dont vous ne savez pas à quoi elles peuvent servir (elles finiront dans le tiroir à vis avec les stylos qui n’écrivent plus) mais c’est votre meuble bordel, vous pouvez en être fier !!!

 

L’illusion de savoir

Fait qu’un individu confronté à une situation en apparence identique à une situation commune,  réagit de façon habituelle, sans éprouver le besoin de rechercher les informations complémentaires qui auraient mis en évidence une différence par rapport à la situation habituelle.

Cette illusion met le cerveau en mode pause, impliquant une absence d’assiduité. C’est souvent le cas en voiture où notre attention baisse sur nos trajets réguliers, on oublie de voir qu’il y a des travaux, une nouvelle limitation de vitesse, une chaussée rendue glissante…

« Je ne comprends pas, je passe tous les jours dans ce virage, d’habitude ça passe !! » oui mais pas avec des pneus dégonflés.

 

 

 

Le biais de négativité

Tendance à donner plus de poids aux expériences négatives qu’aux expériences positives et à s’en souvenir davantage. C’est ce qui différencie les bons sportifs des très bons sportifs. Ces derniers se focalisent bien plus sur leurs victoires que sur leurs défaites, vont essayer de reproduire ce qui a fonctionné plutôt que de ruminer les erreurs.

C’est flagrant dans les conférences d’après match de Nadal par exemple, il est à la fois capable de décrire avec énormément de précision ses victoires, les points clés, son attitude, le score, le nombre d’échanges, l’état de son adversaire, tous les paramètres importants sont encore dans sa tête alors que pour ces défaites, il félicite simplement son adversaire avec humilité d’avoir été plus fort, il est déjà passé à autre chose.

 

 

L’effet boomerang

Phénomène selon lequel les tentatives de persuasion ont l’effet inverse de celui attendu. L’effet est décuplé avec les ados. Je sais c’est un jugement de valeur, mais essayez de convaincre un ado que se laver tous les jours c’est bon pour lui et vous verrez le boomerang revenir très vite dans votre direction.

 

 

 

 

 

 

L’illusion de contrôle

Tendance à croire que nous avons plus de contrôle sur une situation que nous n’en avons réellement. Un exemple extrême est celui du recours aux objets porte-bonheur, grigri, amulettes…

 

 

 

Pour bien comprendre nos biais, ils agissent toujours lors de nos prises de décisions rapides, lorsque nos processus mentaux personnels décident de privilégier une donnée plutôt qu’une autre.

Afin de ne pas être influencé par ses processus, il convient de

  • Mettre en doute systématiquement nos croyances, même les plus profondes
  • Garder un œil curieux sur ce qui nous entoure
  • Laisser nos convictions de coté
  • Accepter les opinions des autres dans leur état
  • Oublier toute forme de jugement hâtif
  • Relire les 4 accords toltèques (surtout le 3°)
  • Observez la congruence entre le langage verbal et non verbal

Malgré tout cela, nous serons toujours influencés, mais vous avez vu qu’on peut également s’en servir à bon escient dans beaucoup de cas de la vie personnelle ou professionnelle.